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  <title>THE DEEP TAKE with J.Claude Mugenzi</title>

  <lastBuildDate>Thu, 03 Sep 2026 11:11:00 +0200</lastBuildDate>
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  <copyright>© 2026 THE DEEP TAKE with J.Claude Mugenzi</copyright>
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  <itunes:author>Jean Claude Mugenzi &amp; JCMEDIA GROUP</itunes:author>
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  <description><![CDATA[<p>We promote depth and not distraction; it's respect and relevance; it's a community through difference: This multilingual podcast [English, French, Kinyarwanda] provides a dynamic platform for deep, intelligent, and accessible conversations with leaders, experts, and changemakers across Africa and beyond. This JCMEDIA GROUP production bridges generations, inspires youth, and amplifies African voices in global debates on leadership, governance, culture and social transformation.&nbsp;</p>]]></description>
  <generator>Buzzsprout (https://www.buzzsprout.com)</generator>
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     <title>THE DEEP TAKE with J.Claude Mugenzi</title>
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    <itunes:title>Umurage uvuye i muzi: Ubuhanga mu biti gakondo [Kanyandekwe J.Pierre]</itunes:title>
    <title>Umurage uvuye i muzi: Ubuhanga mu biti gakondo [Kanyandekwe J.Pierre]</title>
    <itunes:summary><![CDATA[LES ARBRES QUI RACONTENT LE RWANDA:  Un patrimoine dans l’ombre.  Y aurait-il des arbres que nous regardions sans vraiment les voir?  Ils sont là, au bord des routes, sur nos collines, ils font les enclos de certaines maisons, ils sont près des ruisseaux ou au milieu de paysages qui nous semblent familiers. Nous les appelons par leur nom, parfois. Nous nous asseyons à leur ombre. Nous passons devant eux tous les jours. Mais savons-nous ce qu’ils racontent ou leur pouvoir?  C’est cette qu...]]></itunes:summary>
    <description><![CDATA[<p>LES ARBRES QUI RACONTENT LE RWANDA: <br/><em>Un patrimoine dans l’ombre.</em><br/><br/>Y aurait-il des arbres que nous regardions sans vraiment les voir?  Ils sont là, au bord des routes, sur nos collines, ils font les enclos de certaines maisons, ils sont près des ruisseaux ou au milieu de paysages qui nous semblent familiers. Nous les appelons par leur nom, parfois. Nous nous asseyons à leur ombre. Nous passons devant eux tous les jours. Mais savons-nous ce qu’ils racontent ou leur pouvoir?<br/><br/>C’est cette question qui m’est restée de ma conversation avec J.Pierre Kanyandekwe, un chercheur passionné et gardien des connaissances liées aux arbres traditionnels rwandais. Une conversation qui, au-delà des arbres eux-mêmes, m’a amené à réfléchir à quelque chose de beaucoup plus vaste : notre rapport à notre propre héritage culturel et historique. Car les arbres traditionnels ne sont pas seulement une affaire de botanique. Ils constituent une sorte de bibliothèque vivante du Rwanda. Une bibliothèque dont les livres ne sont pas rangés sur des étagères, mais enracinés dans notre sol, et de façon éparse.<br/><br/>L’une des choses les plus frappantes est de constater à quel point nous, Rwandais, pouvons être proches de notre patrimoine tout en étant devenus étrangers à une partie de sa signification. Syndrome ‘bangamwabo’ diraient certains … cela ne devrait-il pas nous interpeller, nous inviter à nous questionner? Nous avons beaucoup appris à regarder vers l&apos;avenir - ce qui est évidemment nécessaire. Nous parlons de technologie, d&apos;innovation, de transformation économique, de développement, de modernisation. C’est important, j-en conviens … Mais dans cette course vers demain, que faisons-nous de ce qui nous a construits hier ?<br/><br/>Un arbre traditionnel pouvait être associé à une pratique médicinale, à une croyance, à un rituel [royal ou mondain], à une manière d&apos;organiser l&apos;espace, à une histoire familiale ou communautaire. Il pouvait être utilisé pour certains besoins matériels, mais aussi porter une signification symbolique. Et parfois, son nom a survécu dans un lieu alors que la mémoire qui expliquait ce nom a presque disparu. C’est là que la question de la toponymie devient particulièrement intéressante.<br/><br/>Au Rwanda, de nombreux noms de lieux - de collines surtout mais de personnes aussi - sont intimement liés à la nature : aux arbres, aux plantes, aux cours d&apos;eau, aux reliefs, aux activités humaines et aux événements qui ont marqué les communautés. Nous continuons à prononcer ces noms.<br/>Mais savons-nous toujours pourquoi cet endroit s&apos;appelle ainsi ? Kimihurura, Kimisange, Kimironko, Muhanga, et beaucoup d’autres encore, Kanyandekwe même … tous liés aux arbres. Que se passera-t-il lorsqu&apos;un enfant nous demandera : « Papa, Maman, pourquoi cet endroit [ou cette personne] porte-t-il [elle] ce nom ? » Et que nous ne saurons pas lui répondre ? ‘Tuzarya indimi’ comme on dirait en Kinyarwanda [se fourvoir avec un degré d’ambarras/honte, sans trouver la bonne explication]? La disparition d&apos;une connaissance ne fait pas toujours de bruit. Parfois, elle commence simplement par une question d&apos;enfant à laquelle plus personne ne sait répondre.<br/><br/>Un arbre peut être une pharmacie, une archive et une destination touristique. Il serait pourtant réducteur de considérer ce patrimoine uniquement sous l&apos;angle nostalgique. Ces connaissances peuvent avoir une valeur contemporaine réelle. La première est évidemment liée à la connaissance des usages médicinaux traditionnels des plantes. Il ne s&apos;agit pas de romantiser toutes les pratiques anciennes ni de remplacer la médecine moderne par des croyances non vérifiées. Il s&apos;agit plutôt de reconnaître que les générations précédentes avaient accumulé une connaissance empirique considérable de leur environnement — une connaissance qui mérite d&apos;être documentée, étudiée et, lorsque cela est scientifiquement pertinent, valorisée.<br/><br/>Dans un monde où la biodiversité, les plantes médicinales et les savoirs autochtones suscitent un intérêt croissant, pourquoi l&apos;Afrique devrait-elle toujours être uniquement le lieu où l&apos;on vient chercher des ressources ou des connaissances pour ensuite les transformer ailleurs ? Notre patrimoine peut aussi devenir une source de recherche, d&apos;innovation et de création de valeur chez nous. Le père Kayinamura avait, dans les années quatre vingt, réussi à encadrer beaucoup de guerisseurs traditionnels, et, dans une certaine mesure, pu les faire valoriser dans la sociéte et dans le milieu médical. Notre Kanyandekwe contemporain pourrait prendre la relève, et je le crois dans la bonne voie.  <br/><br/>Mais il existe également une dimension touristique. Imaginez un tourisme qui ne se contenterait pas de montrer au visiteur des paysages magnifiques, mais qui lui raconterait ce que ces paysages signifient. Un arbre peut devenir un point d&apos;entrée vers une histoire, une histoire peut conduire à une pratique culturelle, une pratique peut conduire à une langue, la langue peut conduire à un lieu, et le lieu peut conduire à une meilleure compréhension du peuple qui l&apos;habite. C&apos;est ainsi que le patrimoine devient vivant.<br/><br/>Le véritable danger n&apos;est peut-être pas de couper les arbres, mais de perdre leur histoire. Nous avons évidemment raison de nous préoccuper de la conservation des arbres et de la biodiversité. Mais il existe une autre forme de disparition, plus silencieuse : la disparition du sens. Un arbre peut continuer à pousser alors que la connaissance qui l&apos;accompagnait disparaît. Le tambour royal viellissant du Busigi en est un exemple triste … ‘il n’y aurait plus d’arbre spécifique destiné à en créer un autre’ avait déclaré avec beaucoup de tristesse à Kanyandekwe. C’est en fait ce souci qui a fait naître en lui la mission de ‘sauver’ nos arbres traditionnels.<br/><br/>Un nom d’arbre peut rester alors que son origine s&apos;efface. Le paysage peut survivre alors que la mémoire qu&apos;il portait n&apos;est plus transmise. Et lorsque cela arrive, nous perdons plus qu&apos;une information. Nous perdons une partie de notre capacité à comprendre qui nous sommes. Le patrimoine culturel n&apos;est donc pas uniquement constitué de monuments, de palais, d&apos;objets anciens, de danses ou de vêtements traditionnels. Il est également dans les mots que nous employons, dans les noms des lieux, dans les histoires racontées par les grands-parents, dans les gestes, dans les plantes, dans les arbres, dans la manière dont une société ancienne observait, nommait et organisait son environnement.<br/><br/>Alors que transmettrons-nous ? C&apos;est probablement la question qui me paraît la plus importante après cette conversation. Nous voulons que nos enfants soient ouverts au monde. Qu&apos;ils parlent plusieurs langues. Qu&apos;ils maîtrisent les technologies. Qu&apos;ils soient capables de travailler à Kigali, Nairobi, Johannesburg, Paris ou New York. Mais nous devons aussi leur donner quelque chose qui leur permette de répondre à une question apparemment simple : « D&apos;où venons-nous ? » Pas uniquement au sens politique ou historique. Mais dans le sens intime, quotidien, culturel. Pourquoi ce lieu s&apos;appelle-t-il ainsi ? Pourquoi cet arbre était-il important ? Pourquoi nos anciens utilisaient-ils telle plante ? Pourquoi certaines pratiques existaient-elles ? Que signifiaient-elles ? Qu&apos;est-ce qui, dans ces connaissances, relève de la croyance ? Qu&apos;est-ce qui relève de l&apos;observation ? Qu&apos;est-ce qui peut être confirmé scientifiquement ? Qu&apos;est-ce qui mérite simplement d&apos;être conservé comme mémoire culturelle ?<br/><br/>Nous n&apos;avons pas besoin de tout accepter du passé pour tout documenter. C&apos;est une distinction essentielle. Préserver un patrimoine ne signifie pas refuser la modernité. Cela signifie refuser l&apos;amnésie. Il faut cependant faire de notre patrimoine une question de présent. Peut-être devons-nous donc changer notre manière de regarder ces arbres. Ne plus seulement demander : « À quoi sert cet arbre ? » Mais aussi : « Quelle histoire porte-t-il ? » Et ensuite : « Que pouvons-nous en faire aujourd&apos;hui ? »<br/><br/>Documenter les connaissances des anciens avant qu&apos;elles ne disparaissent. Identifier les arbres et les plantes qui ont une importance culturelle. Relier ces connaissances à la toponymie. Encourager les chercheurs à étudier leurs propriétés. Intégrer davantage ce patrimoine dans l&apos;éducation. Créer des parcours touristiques qui racontent les paysages plutôt que de simplement les montrer. Et surtout, faire parler ceux qui savent encore. Parce qu&apos;il existe probablement, dans nos villages, nos familles et nos communautés, des personnes qui possèdent une partie de cette mémoire. Elles ne sont peut-être pas professeurs d&apos;université. Elles n&apos;ont peut-être jamais publié de livre. Mais elles sont parfois les derniers détenteurs d&apos;une connaissance qui ne se trouve dans aucun manuel.<br/><br/>Ne pourrions-nous pas un jour voir des chercheurs étrangers venir étudier, documenter et valoriser des connaissances que nous avions sous les yeux depuis des générations - tandis que nous-mêmes les aurions laissées disparaître? Quelle ironie! Quelle perte culturelle! Mais ce serait aussi une perte économique, scientifique et touristique.<br/><br/>Le Rwanda a beaucoup investi dans son image, son patrimoine, son tourisme et sa capacité à raconter son histoire au monde. Les arbres traditionnels peuvent participer à cette histoire. Mais pour cela, il faut d&apos;abord que nous-mêmes nous sachions les regarder. Peut-être est-ce finalement cela, le véritable enjeu de cet épisode. Il ne s&apos;agit pas seulement de sauver des arbres. Il s&apos;agit de sauver les histoires que les arbres nous racontent.<br/><br/>Parce qu&apos;un peuple qui oublie de lire les traces laissées par ses ancêtres risque, un jour, de ne plus comprendre les paysages dans lesquels il vit. Et peut-être que la meilleure manière de transmettre cet héritage à nos enfants n&apos;est pas de leur dire simplement : « Voilà un arbre traditionnel rwandais. » Mais de pouvoir leu</p>]]></description>
    <content:encoded><![CDATA[<p>LES ARBRES QUI RACONTENT LE RWANDA: <br/><em>Un patrimoine dans l’ombre.</em><br/><br/>Y aurait-il des arbres que nous regardions sans vraiment les voir?  Ils sont là, au bord des routes, sur nos collines, ils font les enclos de certaines maisons, ils sont près des ruisseaux ou au milieu de paysages qui nous semblent familiers. Nous les appelons par leur nom, parfois. Nous nous asseyons à leur ombre. Nous passons devant eux tous les jours. Mais savons-nous ce qu’ils racontent ou leur pouvoir?<br/><br/>C’est cette question qui m’est restée de ma conversation avec J.Pierre Kanyandekwe, un chercheur passionné et gardien des connaissances liées aux arbres traditionnels rwandais. Une conversation qui, au-delà des arbres eux-mêmes, m’a amené à réfléchir à quelque chose de beaucoup plus vaste : notre rapport à notre propre héritage culturel et historique. Car les arbres traditionnels ne sont pas seulement une affaire de botanique. Ils constituent une sorte de bibliothèque vivante du Rwanda. Une bibliothèque dont les livres ne sont pas rangés sur des étagères, mais enracinés dans notre sol, et de façon éparse.<br/><br/>L’une des choses les plus frappantes est de constater à quel point nous, Rwandais, pouvons être proches de notre patrimoine tout en étant devenus étrangers à une partie de sa signification. Syndrome ‘bangamwabo’ diraient certains … cela ne devrait-il pas nous interpeller, nous inviter à nous questionner? Nous avons beaucoup appris à regarder vers l&apos;avenir - ce qui est évidemment nécessaire. Nous parlons de technologie, d&apos;innovation, de transformation économique, de développement, de modernisation. C’est important, j-en conviens … Mais dans cette course vers demain, que faisons-nous de ce qui nous a construits hier ?<br/><br/>Un arbre traditionnel pouvait être associé à une pratique médicinale, à une croyance, à un rituel [royal ou mondain], à une manière d&apos;organiser l&apos;espace, à une histoire familiale ou communautaire. Il pouvait être utilisé pour certains besoins matériels, mais aussi porter une signification symbolique. Et parfois, son nom a survécu dans un lieu alors que la mémoire qui expliquait ce nom a presque disparu. C’est là que la question de la toponymie devient particulièrement intéressante.<br/><br/>Au Rwanda, de nombreux noms de lieux - de collines surtout mais de personnes aussi - sont intimement liés à la nature : aux arbres, aux plantes, aux cours d&apos;eau, aux reliefs, aux activités humaines et aux événements qui ont marqué les communautés. Nous continuons à prononcer ces noms.<br/>Mais savons-nous toujours pourquoi cet endroit s&apos;appelle ainsi ? Kimihurura, Kimisange, Kimironko, Muhanga, et beaucoup d’autres encore, Kanyandekwe même … tous liés aux arbres. Que se passera-t-il lorsqu&apos;un enfant nous demandera : « Papa, Maman, pourquoi cet endroit [ou cette personne] porte-t-il [elle] ce nom ? » Et que nous ne saurons pas lui répondre ? ‘Tuzarya indimi’ comme on dirait en Kinyarwanda [se fourvoir avec un degré d’ambarras/honte, sans trouver la bonne explication]? La disparition d&apos;une connaissance ne fait pas toujours de bruit. Parfois, elle commence simplement par une question d&apos;enfant à laquelle plus personne ne sait répondre.<br/><br/>Un arbre peut être une pharmacie, une archive et une destination touristique. Il serait pourtant réducteur de considérer ce patrimoine uniquement sous l&apos;angle nostalgique. Ces connaissances peuvent avoir une valeur contemporaine réelle. La première est évidemment liée à la connaissance des usages médicinaux traditionnels des plantes. Il ne s&apos;agit pas de romantiser toutes les pratiques anciennes ni de remplacer la médecine moderne par des croyances non vérifiées. Il s&apos;agit plutôt de reconnaître que les générations précédentes avaient accumulé une connaissance empirique considérable de leur environnement — une connaissance qui mérite d&apos;être documentée, étudiée et, lorsque cela est scientifiquement pertinent, valorisée.<br/><br/>Dans un monde où la biodiversité, les plantes médicinales et les savoirs autochtones suscitent un intérêt croissant, pourquoi l&apos;Afrique devrait-elle toujours être uniquement le lieu où l&apos;on vient chercher des ressources ou des connaissances pour ensuite les transformer ailleurs ? Notre patrimoine peut aussi devenir une source de recherche, d&apos;innovation et de création de valeur chez nous. Le père Kayinamura avait, dans les années quatre vingt, réussi à encadrer beaucoup de guerisseurs traditionnels, et, dans une certaine mesure, pu les faire valoriser dans la sociéte et dans le milieu médical. Notre Kanyandekwe contemporain pourrait prendre la relève, et je le crois dans la bonne voie.  <br/><br/>Mais il existe également une dimension touristique. Imaginez un tourisme qui ne se contenterait pas de montrer au visiteur des paysages magnifiques, mais qui lui raconterait ce que ces paysages signifient. Un arbre peut devenir un point d&apos;entrée vers une histoire, une histoire peut conduire à une pratique culturelle, une pratique peut conduire à une langue, la langue peut conduire à un lieu, et le lieu peut conduire à une meilleure compréhension du peuple qui l&apos;habite. C&apos;est ainsi que le patrimoine devient vivant.<br/><br/>Le véritable danger n&apos;est peut-être pas de couper les arbres, mais de perdre leur histoire. Nous avons évidemment raison de nous préoccuper de la conservation des arbres et de la biodiversité. Mais il existe une autre forme de disparition, plus silencieuse : la disparition du sens. Un arbre peut continuer à pousser alors que la connaissance qui l&apos;accompagnait disparaît. Le tambour royal viellissant du Busigi en est un exemple triste … ‘il n’y aurait plus d’arbre spécifique destiné à en créer un autre’ avait déclaré avec beaucoup de tristesse à Kanyandekwe. C’est en fait ce souci qui a fait naître en lui la mission de ‘sauver’ nos arbres traditionnels.<br/><br/>Un nom d’arbre peut rester alors que son origine s&apos;efface. Le paysage peut survivre alors que la mémoire qu&apos;il portait n&apos;est plus transmise. Et lorsque cela arrive, nous perdons plus qu&apos;une information. Nous perdons une partie de notre capacité à comprendre qui nous sommes. Le patrimoine culturel n&apos;est donc pas uniquement constitué de monuments, de palais, d&apos;objets anciens, de danses ou de vêtements traditionnels. Il est également dans les mots que nous employons, dans les noms des lieux, dans les histoires racontées par les grands-parents, dans les gestes, dans les plantes, dans les arbres, dans la manière dont une société ancienne observait, nommait et organisait son environnement.<br/><br/>Alors que transmettrons-nous ? C&apos;est probablement la question qui me paraît la plus importante après cette conversation. Nous voulons que nos enfants soient ouverts au monde. Qu&apos;ils parlent plusieurs langues. Qu&apos;ils maîtrisent les technologies. Qu&apos;ils soient capables de travailler à Kigali, Nairobi, Johannesburg, Paris ou New York. Mais nous devons aussi leur donner quelque chose qui leur permette de répondre à une question apparemment simple : « D&apos;où venons-nous ? » Pas uniquement au sens politique ou historique. Mais dans le sens intime, quotidien, culturel. Pourquoi ce lieu s&apos;appelle-t-il ainsi ? Pourquoi cet arbre était-il important ? Pourquoi nos anciens utilisaient-ils telle plante ? Pourquoi certaines pratiques existaient-elles ? Que signifiaient-elles ? Qu&apos;est-ce qui, dans ces connaissances, relève de la croyance ? Qu&apos;est-ce qui relève de l&apos;observation ? Qu&apos;est-ce qui peut être confirmé scientifiquement ? Qu&apos;est-ce qui mérite simplement d&apos;être conservé comme mémoire culturelle ?<br/><br/>Nous n&apos;avons pas besoin de tout accepter du passé pour tout documenter. C&apos;est une distinction essentielle. Préserver un patrimoine ne signifie pas refuser la modernité. Cela signifie refuser l&apos;amnésie. Il faut cependant faire de notre patrimoine une question de présent. Peut-être devons-nous donc changer notre manière de regarder ces arbres. Ne plus seulement demander : « À quoi sert cet arbre ? » Mais aussi : « Quelle histoire porte-t-il ? » Et ensuite : « Que pouvons-nous en faire aujourd&apos;hui ? »<br/><br/>Documenter les connaissances des anciens avant qu&apos;elles ne disparaissent. Identifier les arbres et les plantes qui ont une importance culturelle. Relier ces connaissances à la toponymie. Encourager les chercheurs à étudier leurs propriétés. Intégrer davantage ce patrimoine dans l&apos;éducation. Créer des parcours touristiques qui racontent les paysages plutôt que de simplement les montrer. Et surtout, faire parler ceux qui savent encore. Parce qu&apos;il existe probablement, dans nos villages, nos familles et nos communautés, des personnes qui possèdent une partie de cette mémoire. Elles ne sont peut-être pas professeurs d&apos;université. Elles n&apos;ont peut-être jamais publié de livre. Mais elles sont parfois les derniers détenteurs d&apos;une connaissance qui ne se trouve dans aucun manuel.<br/><br/>Ne pourrions-nous pas un jour voir des chercheurs étrangers venir étudier, documenter et valoriser des connaissances que nous avions sous les yeux depuis des générations - tandis que nous-mêmes les aurions laissées disparaître? Quelle ironie! Quelle perte culturelle! Mais ce serait aussi une perte économique, scientifique et touristique.<br/><br/>Le Rwanda a beaucoup investi dans son image, son patrimoine, son tourisme et sa capacité à raconter son histoire au monde. Les arbres traditionnels peuvent participer à cette histoire. Mais pour cela, il faut d&apos;abord que nous-mêmes nous sachions les regarder. Peut-être est-ce finalement cela, le véritable enjeu de cet épisode. Il ne s&apos;agit pas seulement de sauver des arbres. Il s&apos;agit de sauver les histoires que les arbres nous racontent.<br/><br/>Parce qu&apos;un peuple qui oublie de lire les traces laissées par ses ancêtres risque, un jour, de ne plus comprendre les paysages dans lesquels il vit. Et peut-être que la meilleure manière de transmettre cet héritage à nos enfants n&apos;est pas de leur dire simplement : « Voilà un arbre traditionnel rwandais. » Mais de pouvoir leu</p>]]></content:encoded>
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    <itunes:author>Jean Claude Mugenzi &amp; JCMEDIA GROUP</itunes:author>
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    <pubDate>Thu, 03 Sep 2026 11:00:00 +0200</pubDate>
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    <itunes:title>Amateka+Kwibuka+Ukuri+Kwiyubaka (Philibert Gakwenzire, PhD)</itunes:title>
    <title>Amateka+Kwibuka+Ukuri+Kwiyubaka (Philibert Gakwenzire, PhD)</title>
    <itunes:summary><![CDATA[Full audio in Kinyarwanda; Our insights in English.  Watch video here: https://jcmediagroup.co/amatekakwibukaukurikwiyubaka-philbert-gakwenzire-phd/ SOME INSIGHTS Kwibuka is not simply about keeping history alive; it’s about what a society chooses to do with its history, as it decides how it moves forward. Over the last 32 years, Rwanda's approach to remembering the Genocide against the Tutsi has evolved — in language, institutions, research, testimony, justice, commemoration and, increa...]]></itunes:summary>
    <description><![CDATA[<p><em>Full audio in Kinyarwanda; Our insights in English. </em></p><p>Watch video here: https://jcmediagroup.co/amatekakwibukaukurikwiyubaka-philbert-gakwenzire-phd/</p><p><b>SOME INSIGHTS</b></p><p>Kwibuka is not simply about keeping history alive; it’s about what a society chooses to do with its history, as it decides how it moves forward. Over the last 32 years, Rwanda&apos;s approach to remembering the Genocide against the Tutsi has evolved — in language, institutions, research, testimony, justice, commemoration and, increasingly, in the question of what remembering is supposed to make possible. Rwanda’s progress in that regard, in addition to a reflection about persisting challenges, is part of this conversation with Philbert Gakwenzire, PhD, historian, genocide scholar, and president of IBUKA genocide survivors’ association.<br/><br/>Kwibuka Twiyubaka — remember, rebuild. These words do matter. Because memory can become a burden if it leaves a society trapped in grief, guilt or fear. But it can also become a foundation — for rebuilding physically, socially and emotionally, and for understanding who we are, beyond what happened to us. And perhaps this is where history, testimony, culture and imagination meet: A survivor carries a testimony; a historian carries a responsibility to examine; an artist carries the power to imagine; a society carries the responsibility to listen … and none of these perspectives is sufficient alone.<br/><br/>The story of Rwanda has also been shaped by powerful images of what we believed Rwanda was — and could become, despite cycles of violence that the country had experienced. For generations, even those who had never been expelled from the country carried a Rwanda of their dreams with them: the country of milk and honey. That imagination helped keep that flame alive and was transmitted to a younger generation, that, ultimately liberated the motherland.<br/><br/>If we focus only on those cycles, we risk missing another remarkable part of the story: the capacity to bounce back and rebuild. As Philbert Gakwenzire, PhD rightly puts it ‘Rwanda’s roots go very very deep’.  He adds an eloquent metaphor of a giant that might suffer from a deep wound or jitters .. It does not mean the giant is inherently bad; the wound can heal.<br/><br/>Perhaps the deeper challenge is therefore not only how we remember what happened, but how we help those who did not live through it build an identity that is larger than the trauma. For the younger generation, memory cannot rest forever on fear or inherited guilt. They need roots, they need history, but also culture, beauty, imagination and a sense that Rwanda belongs to them — not simply as the place where terrible things happened, but as a country with a much longer and richer story.<br/><br/>And this raises difficult questions … Can we examine our history honestly without abandoning our identity? Can a historian take sufficient distance from his or her own inherited identity? How does testimony and historical analysis coexist ? How do wrap our heads around the notion of ‘Tutsi, Hutu, Twa’ without being divisive and a hindrance to social cohesion? And can a society deconstruct the ideas that once divided it without pretending that those divisions never existed? Perhaps that is part of the work of memory itself … not forgetting … not denying. <br/><br/>True to his researcher fiber, Gakwenzire compares the overblowing of the ‘ethnic’ factor in the post-independence and pre-genocide Rwandan society, to a ‘mental’ laboratory, with huge amounts of ‘chemical fertilizers … you very easily amplify one element and get exponential results! With ethnicity in Rwanda, it did not have to be scientific, sociologic … ideology was enough to blow it up. ‘But political will and direction has decided to put an end to that [‘ethnicisation’ of society]. Another conversation worth having in-depth is what about those still determined to make it the foundation of their understanding of the same society. ‘Vigilence’ he clarifies.  <br/><br/>But taking enough distance from the past to understand how it shaped us — and enough courage to decide what we carry forward. Because justice, trials, Gacaca, testimony, scholarship, books, art and commemoration do more than preserve what happened. They can help a society move through it. It was very interesting to hear Gakwenzire connect memory, trials [even in Europe], to reconciliation. ‘Even their jury members get enlightened by commemoration activites in their own countries’ he said. Those activites have indeed placed Rwanda&apos;s experience within a wider human story — and contributed to international awareness, justice and historical record.<br/><br/>But memory is fragile; people forget; and history could be rewritten. The conversation took us to the situation prevailing in the DRC, with armed groups determined to carry on their genocidal plans, often with support from governments. One of Gakwenzire’s metaphors once again horrified me … ’masons use the heaviest hammer to crash the most solid rock’ … adding that it happened to Armenia, Israel and Rwanda. No polemics … but one could wonder why so powerful people would gang up against these ‘little’ nations. Do they do that to avoid feeling guilty … is their fight one that seeks to ‘normalize’ their crimes … <br/><br/>Well, if you listen carefully to the conversation with Philbert Gakwenzire, there is no doubt that you will feel a nation determined to deal with its history head on, learn from it and get inspired by what best it has, and move forward.<br/><br/>Thank you.</p>]]></description>
    <content:encoded><![CDATA[<p><em>Full audio in Kinyarwanda; Our insights in English. </em></p><p>Watch video here: https://jcmediagroup.co/amatekakwibukaukurikwiyubaka-philbert-gakwenzire-phd/</p><p><b>SOME INSIGHTS</b></p><p>Kwibuka is not simply about keeping history alive; it’s about what a society chooses to do with its history, as it decides how it moves forward. Over the last 32 years, Rwanda&apos;s approach to remembering the Genocide against the Tutsi has evolved — in language, institutions, research, testimony, justice, commemoration and, increasingly, in the question of what remembering is supposed to make possible. Rwanda’s progress in that regard, in addition to a reflection about persisting challenges, is part of this conversation with Philbert Gakwenzire, PhD, historian, genocide scholar, and president of IBUKA genocide survivors’ association.<br/><br/>Kwibuka Twiyubaka — remember, rebuild. These words do matter. Because memory can become a burden if it leaves a society trapped in grief, guilt or fear. But it can also become a foundation — for rebuilding physically, socially and emotionally, and for understanding who we are, beyond what happened to us. And perhaps this is where history, testimony, culture and imagination meet: A survivor carries a testimony; a historian carries a responsibility to examine; an artist carries the power to imagine; a society carries the responsibility to listen … and none of these perspectives is sufficient alone.<br/><br/>The story of Rwanda has also been shaped by powerful images of what we believed Rwanda was — and could become, despite cycles of violence that the country had experienced. For generations, even those who had never been expelled from the country carried a Rwanda of their dreams with them: the country of milk and honey. That imagination helped keep that flame alive and was transmitted to a younger generation, that, ultimately liberated the motherland.<br/><br/>If we focus only on those cycles, we risk missing another remarkable part of the story: the capacity to bounce back and rebuild. As Philbert Gakwenzire, PhD rightly puts it ‘Rwanda’s roots go very very deep’.  He adds an eloquent metaphor of a giant that might suffer from a deep wound or jitters .. It does not mean the giant is inherently bad; the wound can heal.<br/><br/>Perhaps the deeper challenge is therefore not only how we remember what happened, but how we help those who did not live through it build an identity that is larger than the trauma. For the younger generation, memory cannot rest forever on fear or inherited guilt. They need roots, they need history, but also culture, beauty, imagination and a sense that Rwanda belongs to them — not simply as the place where terrible things happened, but as a country with a much longer and richer story.<br/><br/>And this raises difficult questions … Can we examine our history honestly without abandoning our identity? Can a historian take sufficient distance from his or her own inherited identity? How does testimony and historical analysis coexist ? How do wrap our heads around the notion of ‘Tutsi, Hutu, Twa’ without being divisive and a hindrance to social cohesion? And can a society deconstruct the ideas that once divided it without pretending that those divisions never existed? Perhaps that is part of the work of memory itself … not forgetting … not denying. <br/><br/>True to his researcher fiber, Gakwenzire compares the overblowing of the ‘ethnic’ factor in the post-independence and pre-genocide Rwandan society, to a ‘mental’ laboratory, with huge amounts of ‘chemical fertilizers … you very easily amplify one element and get exponential results! With ethnicity in Rwanda, it did not have to be scientific, sociologic … ideology was enough to blow it up. ‘But political will and direction has decided to put an end to that [‘ethnicisation’ of society]. Another conversation worth having in-depth is what about those still determined to make it the foundation of their understanding of the same society. ‘Vigilence’ he clarifies.  <br/><br/>But taking enough distance from the past to understand how it shaped us — and enough courage to decide what we carry forward. Because justice, trials, Gacaca, testimony, scholarship, books, art and commemoration do more than preserve what happened. They can help a society move through it. It was very interesting to hear Gakwenzire connect memory, trials [even in Europe], to reconciliation. ‘Even their jury members get enlightened by commemoration activites in their own countries’ he said. Those activites have indeed placed Rwanda&apos;s experience within a wider human story — and contributed to international awareness, justice and historical record.<br/><br/>But memory is fragile; people forget; and history could be rewritten. The conversation took us to the situation prevailing in the DRC, with armed groups determined to carry on their genocidal plans, often with support from governments. One of Gakwenzire’s metaphors once again horrified me … ’masons use the heaviest hammer to crash the most solid rock’ … adding that it happened to Armenia, Israel and Rwanda. No polemics … but one could wonder why so powerful people would gang up against these ‘little’ nations. Do they do that to avoid feeling guilty … is their fight one that seeks to ‘normalize’ their crimes … <br/><br/>Well, if you listen carefully to the conversation with Philbert Gakwenzire, there is no doubt that you will feel a nation determined to deal with its history head on, learn from it and get inspired by what best it has, and move forward.<br/><br/>Thank you.</p>]]></content:encoded>
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